Dossier d’Enquête n°0001 – La Food Co-Op !

Voici un projet qui a pris sa source aux Etats-Unis et que m’a présenté ma fabuleuse maman ! Je ne connaissais pas du tout l’existence de ce modèle d’entreprise. Dans ma commune (et donc mon esprit), la Coop est une boutique dans laquelle les clients peuvent, moyennant quelques frais d’adhésion, prendre part au conseil d’administration (=avoir le droit d’assister à une assemblée générale annuelle) et  payer un prix de membre sur les produits vendus en magasin (qui est souvent le « juste prix » quand le prix non-membre est un prix gonflé allègrement).  

L’histoire du magasin collaboratif (COOP) aux Etats-Unis ou comment faire travailler vos clients pour vous ?

Photographie: Tous droits réservés @ Spencer Ritenour, FlickRCC. Park Slope, première FOOD COOP d’alimentation installée à Brooklyn (NY)

Selon la légende, tout a commencé dans une boutique New-Yorkaise, menacée de faillite; les clients ont décidé d’aider bénévolement  à la coordination et la gestion du magasin afin de sauver le commerce d’alimentation biologique; la première « entreprise du peuple » était née ! Le modèle économique d’une des plus anciennes de ces coopératives, la Park Slope Food Coop à Brooklyn veut que chacun de ses membres adultes contribue au travail dans le magasin 3 heures par mois. En échange, les membres actifs peuvent s’approvisionner à la boutique. Les non-membres sont invités à visiter le magasin, mais ne peuvent rien acheter. De nombreuses initiatives entrepreneuriales suivent depuis ce modèle comme The People’s Supermarket de Londres qui lui n’oblige pas le travail volontaire en rendant possible d’acheter les produits à un prix plus élevé que les membres.

Les intérêts pour le client/bénévole:

  1. Payer ses produits biologiques beaucoup moins cher.
  2. Réseauter avec de nouveaux membres de la Coop.
  3. Développer de nouvelles aptitudes.
  4. Se sentir impliqué dans un projet de valeur.
  5. Avoir encore beaucoup de temps libre pour faire d’autres activités, ce qui n’est pas toujours le cas avec d’autres formes de bénévolat.

Les intérêts pour l’employeur:

  1. Ne pas payer d’employés ni de charges sur ceux-ci.
  2. Disposer d’une main d’oeuvre quasiment illimitée (à condition d’avoir un bon plan marketing bien sûr).
  3. Concentrer tous ses efforts sur la qualité des produits et le contact avec les fournisseurs plutôt qu’à la prise en charge de nombreux employés.
  4. Déléguer les tâches et responsabilités à un ou deux employés coordinateurs des autres bénévoles.

Pourquoi ça fonctionne ? Parce que les gens aiment payer moins pour la qualité, autant du côté des clients que de celui des employeurs.

Pourquoi c’est prouvé ?  Parce que c’est un modèle « à la mode » qui est de plus en plus employé dans le secteur « événementiel » (levées de fonds, spectacles, rallyes,tournois, bootcamps et courses à obstacles ou même festivals…). On y propose aux potentiels clients d’œuvrer à titre de bénévole pendant le festival ou l’activité, ce qui lui donnera le droit d’y participer sans frais.

La nuance à apporter pour le consommateur: Ce qu’on ne dit pas, c’est que dans ce type de bénévolat, pour économiser les 70 dollars que nous aurait coûté d’assister à l’événement, il faudra parfois travailler huit heures consécutives debout sous le soleil à encourager des coureurs ou démonter des chapiteaux. Huit heures de travail effectif payées bien moins que le salaire minimum, aucun frais de gestion ni taxes ni frais applicables sur les employés. Alors, c’est une bonne affaire en tant que consommateur si on a du temps libre ou du plaisir dans ce qui sera notre « travail bénévole ». Comme par exemple du bénévolat de vente  ou de rayonnage dans le cas de notre COOP, où il est tout à fait agréable de discuter et rencontrer de nouvelles personnes toutes plus souriantes les unes que les autres pendant des heures…

Toutefois, quel type de bénévolat s’applique dans le cas des COOPS américaines ? Plutôt celui de déballer, balayer, rayonner, servir à la caisse oui…le client fait sa bonne action en coopérant, mais le grand gagnant reste tout de même le propriétaire du commerce. Cela dépend de sa propension à rendre ses produits accessibles (c’est à dire, fait-il un bénéfice de 400 ou de 40% sur le prix qu’il propose ?). Il ne faut pas oublier qu’il a quand même fait l’effort de baisser ses prix pour ses membres, ce qui n’est pas possible dans d’autres commerces qui face aux charges et salaires des employés, ne peuvent pas se le permettre, où alors comptent bien faire le maximum de profit possible ! Le fait d’appliquer un système de rotations sur les postes de bénévolat un peu plus difficiles ou physiques (entreposage, etc.) est aussi un avantage pour inciter à s’impliquer. Mais en définitive, le grand vainqueur, reste le patron de l’entreprise biologique qui se passe de sous-traitants et de caissiers rémunérés. Cela reste honorable dans la mesure où chacun y trouve son compte.Et c’est pour cela que ça fonctionne !

Les bémols à (re)considérer pour faire la différence en tant qu’entrepreneur:

  1. Dans plusieurs magasins, les non-membres ne peuvent pas acheter, c’est autant un avantage qu’un inconvénient selon le taux de fréquentation de l’entreprise. Puisque la vente est strictement réservée aux membres coopérants, les gens sont incités à s’engager auprès de la Coop dans un esprit de  » grande famille participative ». Oui mais, est-ce à-dire, n’importe qui, de la grand-maman de 86 ans au petit garçon de 7 ans ? Cela peut s’avérer devenir un pari risqué car certaines personnes n’auront de toute évidence pas les moyens de s’impliquer autant que les autres ! De la même façon, si on n’a que peu de clients, le risque de pertes de marchandise qui s’abîment dans les rayons augmente de façon considérable puisqu’on élimine des clients « visiteurs » potentiels. Un gros point qui serait donc selon moi à nuancer.
  2. Les horaires de travail bénévole peuvent aller de 3h/mois (qui semble tout à fait honnête) à beaucoup, beaucoup plus en fonction des Coop; selon le taux de fréquentation, les moyens, la volonté de la direction et le pays dans lequel elle se trouve…Cela laisse donc place à certains abus dans lesquels il ne faut pas tomber. Il faut garder bien en tête que les bénévoles ne sont pas des personnes à exploiter mais des volontaires désireux de contribuer à aider notre entreprise, censée servir une cause juste pour le consommateur !
  3. Pour les employeurs, le dernier et rare souci peut-être d’ordre de confiance: ne sélectionnant pas des bénévoles comme on le ferait avec des employés, il est certain que des abus et erreurs potentiels de la part de certains clients-bénévoles ne sont pas à écarter. On ne les connaît pas personnellement, et on n’est pas forcément en mesure de les former ni de les surveiller. Il faut donc prioriser un processus de sélection bien étudié pour s’éviter des désagréments. Encore un point pour lequel, il ne vaut mieux pas rendre obligatoire le « volontariat de tous vos clients » mais laisser plutôt la chance à chacun de consommer les produits, à des prix inversement proportionnels à l’implication du client dans l’entreprise.

Mes autres suggestions pour un rapport gagnant-gagnant équitable:

Je vois en ce modèle une formidable façon de coopérer et s’entraider entre clients et entrepreneurs. C’est tout simplement un  fabuleux projet humain, une fois que le mécanisme original est bien mis en place. D’où l’engouement de la population pour le commerce Park Slope à Brooklyn; les employeurs n’y paient aujourd’hui que 20% des employés et il y a tellement de clients qui travaillent que certains, en définitive n’ont pas grand chose à faire durant leurs heures de bénévolat! C’est un idéal à atteindre évidemment. Mais… Mais si on allait plus loin au point de vue entrepreneurial, que la barrière encore trop sensible qu’est l’argent ?

Car oui, quelqu’un qui a un emploi pourra s’offrir le pseudo -« loisir » de travailler chez vous sans rémunération en échange de bons rabais sur sa commande d’épicerie…Mais prenons celui qui n’a pas de revenus (puisque le bénévolat est malheureusement aussi souvent insidieusement une façon d’enrayer des emplois), comment pourra t’il profiter d’un tel service ? Si je n’ai aucun revenu, j’aurais bien beau vouloir travailler à ma Coop, mon joli rabais sera tout de même peu utile puisque je n’aurais pas de quoi payer la facture.

Ma suggestion pour un rapport gagnant-gagnant entre employeur et clients: un cadeau tangible contre mes heures de bénévolat?

Pourquoi ne pas offrir aux bénévoles le choix; le rabais pour tous ou bien une alternative; comme un panier mensuel de fruits et légumes  un peu plus « vilains » que les autres (vous savez, ceux qui finissent invariablement dans l’arrière-boutique, attendant le passage du camion-poubelle). Ou d’autres produits proches de leur date de péremption par exemple, qui seront difficilement vendables par exemple.

Ainsi, les personnes ravies d’être reconnues personnellement pour leurs efforts auront invariablement le désir spontané de consommer dans notre commerce plutôt qu’ailleurs. Et en plus, on lutterait contre le gaspillage alimentaire commercial !

Ce serait de plus un excellent moyen de marketing pour les marques locales et bio, au  même titre que les échantillons, les employés de la Coop par leur compensation en « cadeau » deviendraient des testeurs gratuits de nouveaux produits et seraient de la même façon plus aisément tentés de consommer à nouveau ces produits qu’ils auront goûté grâce au « panier du bénévole » et savent en vente dans la boutique où ils travaillent. Cela développe une véritable appartenance. Cela donne aussi un véritable pouvoir d’introduction des produits locaux et bio à des personnes qui ignorent que l’alimentation saine n’est pas réservée aux mieux nantis ! Un potentiel. Je vois là le potentiel incroyable d’insertion ou de réinsertion de personnes dans la vie active et sociale dans sa globalité, du travailleur moyen aux chercheurs d’emplois, des sans-abris même, aux parents au foyer désespérés pourquoi pas?! Plutôt que le schéma actuellement dépeint qui me semble somme toute favoriser un peu plus le loisir de la personne gagnant déjà bien sa vie et qui souhaite dépenser moins pour son épicerie bio pour s’offrir des vacances (et c’est tout à son honneur !), aidons aussi le chercheur d’emploi qui aimerait contribuer à la société mais ne trouve plus rien, car tous les postes sont devenus bénévoles ! Récompensons son dévouement,  à la hauteur de sa contribution.

Mais c’est peut-être déjà le cas dans certains endroits? En avez-vous connaissance ? Quelle est votre opinion? Un projet comme ceci existe-t’il vous intéresserait-il dans votre voisinage?

#Repost @mantilocapra cheese stacking, my new favorite hobby #parkslopefoodcoop #cheese

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Ressources d’information complémentaires 

  • Le site officiel de la toute première Food Coop: Park Slope
  • Le concept de Park Slope Food Coop vu par le journal Le Devoir
  • L’ article du site Consoglobe et celui de Rue 89 sur la Coop New-Yorkaise.
  • Le dossier complet de Consoglobe sur les commerces collaboratifs
  • L’interview sur la Coop française de la Louve (Paris) sur Oui Share.com
  • L’histoire du Panier Futé, sur les traces de la Park Slope, à Montréal

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4 réflexions sur “Dossier d’Enquête n°0001 – La Food Co-Op !

  1. Les coops d’artisanat ou d’art fonctionnent de cette façon, ce sont les artisans qui se partagent les tâches et les horaires. Toutefois, l’humain usant de l’humainerie, il arrive très souvent que le modèle, éclate car tout le monde ne veut pas toujours faire sa part. Quand j’avais 15 ans je rêvais de communisme en me persuadant que le modèle était bon, et sur de nombreux aspects il l’est, mais il faudrait avoir affaire à des chats seulement, pas des humains. Oh! Bises ma belle

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